Comment Mark Wilkinson

a créé l’illustration de

Clutching At Straws

 

Par Dave Everley, 23 mai 2017

PROG N°77

Mark Wilkinson nous raconte la création

de l’illustration de Clutching At Straws

et la façon dont il l'a réinventée pour la couverture de Prog...

Il faut dire qu'à l'époque "Clutching At Straws" n'a pas été ma meilleure réussite.

Il y avait des circonstances atténuantes, principalement dues au temps. Beaucoup trop au début, car le groupe n'était pas sûr de la façon d'aborder cette couverture ou même si je la ferais, et nous semblions tous dériver pendant des siècles. L'enthousiasme que nous avions lors des réunions sur les pochettes des albums précédents était malheureusement absent. C'était un album sombre pour toutes sortes de raisons, à l'époque tout le monde pouvait le sentir. La couverture devait refléter cela d'une manière ou d'une autre. C'était certainement mon heure la plus sombre en tant qu'artiste !

Esquisse initiale de Torch pour la nouvelle couverture (Crédit d’image : Mark Wilkinson)

Au départ, Fish m'a fourni un gribouillage reposant sur un verre à cocktail avec la planète Terre embrochée à la place d'une cerise. Mais je ne pense pas que le reste du groupe était partant, donc une réunion a été organisée chez EMI pour explorer d’autres idées. Nous avons discuté de l’idée d'un bar. Pour accentuer l'approche stylistique différente de celle des albums précédents qui était importante pour eux, j'ai proposé un collage, mêlant photographie et peinture. À notre rencontre suivante, je suis venu avec Janus Van Helfteren, un photographe que je connaissais. La base de cette pochette serait une photo en noir et blanc d'un bar terne, miteux et poussiéreux, ce qui changerait des couleurs vives des pochettes de la trilogie qui a précédé Clutching. J'ai proposé de dessiner les buveurs à l'aérographe de la façon la plus réaliste possible sur papier, puis de les découper et les coller sur cette photo. J'avais eu cette idée d'un livre que j'aimais beaucoup de l'artiste Guy Peellaert qui avait retouché la couverture Diamond Dogs de Bowie. Il avait créé des collages mixtes peints de manière très efficace sur l'élite du rock pour Rock Dreams - une histoire illustrée des 30 premières années du rock'n'roll.

Croquis original de Fish pour la couverture de l'album, rejeté

Fish a suggéré une confrérie de poètes, d'artistes, d'écrivains, de comédiens et de rockers pour peupler le bar. Différents noms ont été mis dans le chapeau : John Lennon, Robert Burns, Truman Capote, Lenny Bruce, Dylan Thomas, Jim Morrison, Janis Joplin, Tony Hancock et surtout, Jack Kerouac. C'est une citation de son livre phare "Sur la Route" qui a inspiré Fish lorsqu'il a écrit cet album : "…Les seuls gens vrais pour moi sont les fous, ceux qui sont fous d’envie de vivre, fous d’envie de parler, d’être sauvés, fous de désir pour tout à la fois, ceux qui ne baillent jamais et qui ne disent jamais de banalités, mais qui brûlent, brûlent comme des feux d’artifice extraordinaires…"

Plus tard, alors que j'essayais de reconstituer tout cela, le manager du groupe m'a appelé avec une autre chose à prendre en compte : un ange noir.

J'ai vu dans Torch, le gars aux cheveux argentés au bout du bar, une possibilité

– celle d’un anti-héros pouvant incarner certaines paroles de l'album, comme l'ange gardien d'un alcoolique.

Nous avons organisé une séance photo à Colchester au Pub "The Bakers Arms", qui était clairement un pub "authentique", que nous avons repris lors d’après-midi privés, avec quelques-uns des buveurs locaux stupéfaits. Le problème était que

c'est un endroit assez petit, placer ainsi à l'intérieur toutes ces personnes sur la liste

de Fish était... compliqué. Janus et moi avons fait asseoir le groupe au fond, en laissant des tabourets vides, des chaises

et des tables éparpillés pour que je puisse coller plus tard les buveurs à leurs places. C'était mon plan et c'était un bon plan.

Cela aurait dû être relativement simple.

Le croquis initial de "l’ange noir"

Les enchainements malheureux se sont succédés avec la complexité des évolutions chaque semaine. Torch passant d'ange en personnage étrangement vêtu, pieds nus dans un long manteau avec le chapeau du bouffon dans sa poche en clin d'œil au passé ! Plus de personnages ont été suggérés, toujours plus de détails à prendre en compte, mais le timing a été radicalement raccourci pour s’adapter à une prochaine tournée pour promouvoir l'album. J’avais le manager et la maison de disques sur le dos qui m'appelaient quotidiennement pour faire un état d’avancement, m’avertissant que si j'étais en retard sur les délais, l'album serait retardé, ce qui contrarierait leur programme. Cela a rendu la situation très inconfortable car nous avions tous pris beaucoup trop de temps à discuter de ce à quoi cette couverture devait ressembler et que je n'avais plus assez de temps pour la rendre efficace ! Ma frustration est vraiment visible dans le résultat final de la pochette de l'album.

J'ai utilisé le poète et dramaturge futuriste russe Vladimir Maïakovski comme modèle pour Torch pour la seule raison que j'aimais son regard lointain ! Je n'ai aucune idée de ce qui se passe avec son manteau ou son jean. Je pense que quelque chose m'a été mentionné à propos du fait que ses vêtements étaient mouillés, sortant de flaques d'eau et que son manteau devait refléter le monde extérieur. Quoi qu'il en soit, Torch a été rendu trop rapidement et a l'air gêné. J'ai fait de mon mieux avec le temps limité dont je disposais, mais je dois accepter la responsabilité de ne pas avoir su gérer ce projet plus efficacement et de savoir dire non de temps en temps.

Prog m'a demandé si j'envisageais de retravailler Clutching At Straws pour le 30ème anniversaire de sa sortie, pour enfin lui donner du sens. Qu'est ce qui pourrait clocher ? Cette perspective forcée dans la photo originale du bar était sacrément difficile pour superposer les figures, et ce problème persiste. J'ai dû jouer un peu avec les lois de la perspective. J'ai fait tomber les trois piliers noirs du bar, ce qui signifie en réalité que le plafond s'effondrerait, mais qui s'en soucie ? J'ai tous les personnages de cette époque, plus quelques autres. Torch est mieux réalisé. Je détestais la façon grossière dont il était fait avant. Je pense que c'est plus proche de l’esprit que représente cet album.

À mon avis, mon chapitre artistique avec Marillion s’est maintenant terminé d'une façon plus satisfaisante.

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